Comme un grand livre ouvert. - Prose et textes tendres.




Lundi 30 novembre 2009

Soeur Julie.

 

Dieu a rappelé Sœur Julie, cette petite Québécoise du Carmel de Paris. Je l’avais tant aimée alors que nous vivions une adolescence heureuse dans notre Granby natal. Puis un jour, elle partit seule en voyage du côté de la France. C’est là-bas qu’elle vécut une forme d’illumination ou de conversion qui l’éloigna définitivement de son pays. Elle entra dans la communauté de Taizé du Frère Roger et de là, le Carmel fut son refuge éternel. Qu’était-il arrivé à cette bonne vivante qui, je crois, m’aimait aussi? Seul Dieu a la réponse à cette question, comme on sait si bien le dire.

Mais l’annonce récente de sa mort me rappelle cet amour de jeunesse où mon désir d’elle n’avait d’égale que la passion vouée à cette magnifique blonde athlétique aux yeux bleus. Je l’entends encore éclater d’un grand rire sonore au cinéma du quartier, alors que le film était d’une tristesse inouïe. Quel grand nombre de "shuttt" de la part des spectateurs frustrés accueillirent sa délinquance juvénile! Et moi, je l’aimais d’un amour tendre et respectueux, comme l’exigeaient les mœurs de l’époque.

C’est tout de même au gré de quelques baisers volés que notre rapprochement annonçait un bel avenir rempli de douceur et de complicité amoureuses. Mais aucune promesse de sa part n’est jamais venue sceller une quelconque certitude chez moi. Elle demeurait évasive sur les possibles liens qui un jour, pourraient nous unir. Déjà, me semble-t-il, son cœur était pris par une puissance bien supérieure à la mienne; mais elle ignorait elle-même ce fait malgré certaines évidences.

Sœur Julie est morte au Carmel de Paris, il y a deux mois déjà; et peu de gens d’ici ont souvenir qu’elle ait illuminé la vie de quelques personnes qui se souviennent encore d’elle. Et je suis de ces personnes ayant libéré des milliers de pensées en forme de colombes pour accompagner l’âme si belle de cette jeune fille exilée vers un destin qui ne fut jamais nôtre. Bonne éternité, Sœur Julie que j’ai tant aimée!

 

Daniel

 



Samedi 18 avril 2009

Nos corps alanguis.

Mon corps alangui se baigne dans tes yeux bleus de mer. Le sable chaud colle fou à tes longues jambes sculpturales. Mon nez hume le parfum qui émane léger de ton corps allongé sur cette blanche plage, comme sur un nuage paresseusement étendu au soleil de midi. Les mots que tu me souffles à l’oreille engourdissent le peu de raison qui est encore mienne. La chaleur pénétrante rassure mon désir de te posséder à jamais. Cette chaleur vient moins du soleil que de ce cœur qui s’offre à moi, si près du mien. Je te serre dans mes bras pour ralentir le flot de tes mots qui me font mal tant je t’aime, tant je te désire. D’où vient donc cette douleur oppressante qui me veut à ce point dans l’alcôve de ton corps gavé de beauté? Ma respiration brade tous les interdits et je m’hyperventile d’un bonheur caressant. Mon cœur bat la chamade et veut sortir de mon corps pour aller rejoindre ton cœur, là, si près du mien. Et nos lèvres se goûtent, gourmandes et se veulent prémisses d’un amour plus grand encore. Nous nous levons enfin, impuissants à contenir plus longtemps les désirs impétueux que nos corps et nos âmes veulent goûter à tout jamais. Viens, allons vers ces jours heureux qui s’offrent à nos cœurs et à nos corps jadis enfermés dans une prison de mal-être intérieur. Viens priser la joie de l’amour véritable! À nous la vie dans ce monde présent et dans ces mondes à venir!

 

Daniel



Mercredi 25 mars 2009

Amours d'antan.

 

Dansez, dansez madame, au son de cet allegro moderato qui rappelle nos folles amours d’antan. Nus sur cette plage ensoleillée, nous avions joué aux jeux de l’amour, comme seule jeunesse sait le faire. Et nos soirées remplies de la 6ième symphonie de Mahler se balançaient au gré des brises nocturnes. Le pas léger de l’ombre embrasait nos baisers cachés, que seuls nous connaissions. La mer distillait ces liquides que nos corps enlacés épanchaient à force d’amour. Enlacés toujours sous un voile complice, nous fredonnions Chopin, Barber ou Schubert avant que l’heure de ce triste concerto ne vienne refroidir les rayons qui réchauffaient notre douce vie à deux. Et cette maudite guerre qui brise passions, amours et délices, allait nous obliger à tant de distances exécrées, exacerbées par ces airs militaires de Haydn, Wagner ou Beethoven. Ces amours à mille lieux l’un de l’autre n’allaient que renforcer ce besoin inouïe de solitude à deux. Et nos corps se joignirent à nouveau dans cette paix profonde où ne tonnent plus les canons et où seuls sonnent les clochers de nos villes ensommeillés de clarté. Et la vie défila comme une comédie dramatique, avec ses joies si fortes et ses peines trop grandes. Et le temps nous poussa comme poussent les roses, jusqu’à l’âge de l’amour tendre. Cet âge où les passions se sont calmées pour faire place à une belle complicité que seule la mort brisera, le temps d’un nouveau rendez-vous que nous nous donnerons dans un ailleurs meilleur. Et à nouveau, vous serez là devant moi, dansant sur les airs de nos folles amours d’antan, Mahler, Barber, Rachmaninov. Éternellement!

 

Daniel



Mardi 27 janvier 2009

L'automne de deux vies.

Belle, élégante, élancée, tu cours dans mes rêves d’un passé trop vite révolu. Je me souviens de ce jeune amour qui nous liait l’un à l’autre, de ces moments éprouvants vécus chacun en l’absence de l’autre. Je me souviens de ces mots doux que nous nous écrivions, juste pour alimenter ces jours trop brefs d’un amour printanier. Je me souviens de ces dimanches bucoliques passés à arpenter les sentiers du parc qui vit naître notre amour, jusqu’à ce banc qui est encore là et que nous voyons parfois, quarante années plus tard.  

Rien n’aurait pu faire se séparer ces deux mains unies pour tant de jours à venir, pour tant de mondes inconnus. Nous fabriquions des projets d’envergure et pourtant, nous n’avions rien d'autre que nos études à terminer et que leur coût à défrayer. Nous logions à l’enseigne d’un optimisme inébranlable et caressions déjà ces enfants qui seraient nôtres. Et la Vie nous a aimés, nous a bénis, malgré les heures d’angoisse vécues et les peurs perçues parfois comme insurmontables. Malgré les anicroches et les infidélités de jeunes corps qui devaient exulter.

Nous sommes là, tant d’années après, toujours unis dans un amour devenu tendresse profonde, complicité de deux automnes de la vie qui surgissent au gré des mots doux si bien connus, des forces et des faiblesses de chacun, des peurs d’une perte prématurée de l’autre. Dans nos yeux se lisent ces souvenirs enfouis dans nos corps SEXagénaires et dans nos âmes immortelles.

Au moment où nous entendons parler de cette année de notre mariage, celle d'Expos 67, nous savons que la vie continuera de se faire belle parce que nous le voulons, parce que nous le décidons à chaque matin, quand ce léger baiser vient sceller un amour qui durera jusqu’aux confins de tous les univers.

Daniel



Vendredi 19 décembre 2008

Main dans la main.

Main dans la main, ils arpentaient les rues de la ville où ils avaient décidé de bâtir leur nid. Un petit nid bien ordinaire pour gens ordinaires. Ils allaient fêter leur première année de mariage dans quelques jours. Mais la plus grande surprise devait arriver d’un instant à l’autre. Quelle surprise! Un bébé allait naître…

Mais Douce étant primipare, l’événement se faisait attendre quelque peu. C’est pourquoi elle avait été si active durant les récents jours. Elle avait laver les planchers, descendu puis monté les escaliers de leur humble logis. Le mois d’août pesait de sa chaleur humide, elle était fatiguée de porter l’enfant mais surtout, ils avaient hâte de voir ce que contenait ce coffre aux trésors. Au début de la vingtaine tous les deux, cet enfant viendrait sceller toutes les promesses d’amour éternel qu’ils avaient prononcées l’un envers l’autre.

Et le 21 août se présenta. Les contractions avaient commencé à semer des vagues sur cet hémisphère habité. Avant que ne survienne le tsunami, ils décidèrent de se rendre à l’hôpital où les attendait le docteur L’Heureux, qui portait un nom prédestiné comme obstétricien.

Mais les contractions se tarirent et le travail cessa. Le médecin assoupit un peu la maman et lui donna du Pitocin pour accélérer le travail. Rien n’y fit. C’est alors qu’il demanda au futur papa de pousser doucement sur le ventre de sa Douce. Ce qu’il fit. Puis les ondes sismiques recommencèrent à pousser la vie vers l’extérieur.

Apparut tout à coup une grosse tête au blond duvet qu’il fallut évidemment manipuler avec douceur, comme le désirent toutes les femmes, puisque c’en était une qui faisait son entrée dans le monde. Un cri de ralliement sortit alors de la toute petite bouche: « JE SUIS UNE BATTANTE. » Le papa coupa le cordon ombilical et lança Geneviève dans cette humanité parfois créatrice, parfois destructrice mais toujours soutenue par une seule chose : la Vie.

Nous étions en 1968. Paris, la Bastille, les universités américaines, tout flambait à la recherche de la liberté, de l’égalité, de la fraternité pour que Geneviève ait une belle vie… Quarante ans déjà!

Daniel



Lundi 20 octobre 2008

Doux retour.

Le soleil dorait ses cheveux de ses mielleux rayons. Les blés se penchaient sur son passage, tant elle irradiait d’une beauté sauvage et douce à la fois. Elle marchait vers moi de sa démarche assurée et le bleu de ses yeux criait à l’amour. Toutes ces années qui nous avaient séparés allaient s’éteindre dans une étreinte où seul le feu de la passion réciproque pouvait renaître à jamais. En fait, jamais ce feu ne s’était éteint tout à fait. Sept longues années d’éloignement n’avaient pas réussi à faire mourir l’étincelle qui couvait sous des cendres encore chaudes. Bien sûr, elle avait eu ses aventures et j’en avais eues aussi. Mais nos lettres, aussi fréquentes qu’interminables, se voulaient d’une franchise implacable, quitte à faire mal à l’autre. Nous nous pardonnions l’un l’autre, en se disant : il faut bien que le corps exulte. Mais jamais le fait de rencontrer un partenaire n’avait le moindrement été teinté d’amour véritable. Toutes ces rencontres fortuites n’avaient été qu’un pansement sur une véritable luxation amoureuse .Un sceau plus fort que tout scellait cette promesse d’un amour éternel que nous nous étions faite à l’adolescence.

 

Je courais aussi vers elle comme vers une destinée que même la mort ne pourrait séparer. Nos cœurs palpitaient d’une folle arythmie que seule allait calmer la rencontre de nos deux corps assujettis bien malgré eux à cette si longue absence. Et le moment tant attendu éclaboussa de clarté et de beauté nos visages lumineux comme soleil de Toscane. Nos bras enlacèrent l’autre dans une presque brusquerie attisée par une passion quasi animale. Nos lèvres devinrent vite douloureuses tant elles avaient eu envie de goûter celles de l’autre. Et à nouveau, nos deux destins et nos deux corps se fondirent en un seul. Le ciel l’avait écrit en rouge et le soleil criait son bonheur.

 

Daniel



Mardi 6 mai 2008

Vais-je dormir ce soir?

 

Vais-je dormir ce soir? Tant de fantômes hantent ma vie et mes pensées! J'entends les hiboux qui hululent au coeur de ma tête. Et mon âme fourmille de douces sensations que je ne connaissais pas à ce jour. Je me demande ce qui m'arrive; est-ce la jeunesse qui se reprend en me souhaitant de ne rien manquer cette fois? Et mes rêves s'érotisent d'eux-mêmes, en me montrant cette beauté danser devant moi un tango endiablé. Vais-je dormir ce soir? Je revois toutes les femmes qui m'ont aimé mais que j'ai aimées plus encore. Je me souviens de ces douceurs cachées que nous nous faisions à l'abri des tempêtes et de la platitude des grands, des sérieux, des monotones. Et je danse dans ma tête un sensuel flamingo en admirant tes grands yeux noirs qui m'invitent à plus loin, à plus doux encore. "Si tu veux donner un sens à ta vie, donne-le dans le sens de mon lit", sembles-tu me suggérer, en me provoquant de tes hanches lancinantes à souhaits. Et je danse avec toi des airs perdus dans les dédales des temps révolus. Mais c'est comme si tout se passait au présent, ici et maintenant. Vais-je dormir ce soir? Toi seule peux me le dire. Et ces hiboux hululent dans ma tête...  Viens...

 

Daniel



Jeudi 27 mars 2008

L'automne de deux vies.

Belle, élégante, élancée, tu cours dans mes rêves d’un passé trop vite révolu. Je me souviens de ce jeune amour qui nous liait l’un à l’autre, de ces moments éprouvants vécus chacun en l’absence de l’autre. Je me souviens de ces mots doux que nous nous écrivions, juste pour alimenter ces jours trop brefs d’un amour printanier. Je me souviens de ces dimanches bucoliques passés à arpenter les sentiers du parc qui vit naître notre amour, jusqu’à ce banc qui est encore là et que nous voyons parfois, quarante années plus tard.  

Rien n’aurait pu faire se séparer ces deux mains unies pour tant de jours à venir, pour tant de mondes inconnus. Nous fabriquions des projets d’envergure et pourtant, nous n’avions rien d'autre que nos études à terminer et que leur coût à défrayer. Nous logions à l’enseigne d’un optimisme inébranlable et caressions déjà ces enfants qui seraient nôtres. Et la Vie nous a aimés, nous a bénis, malgré les heures d’angoisse vécues et les peurs perçues parfois comme insurmontables. Malgré les anicroches et les infidélités de jeunes corps qui devaient exulter.

Nous sommes là, tant d’années après, toujours unis dans un amour devenu tendresse profonde, complicité de deux automnes de la vie qui surgissent au gré des mots doux si bien connus, des forces et des faiblesses de chacun, des peurs d’une perte prématurée de l’autre. Dans nos yeux se lisent ces souvenirs enfouis dans nos corps SEXagénaires et dans nos âmes immortelles.

Au moment où nous entendons parler de cette année de notre mariage, celle d'Expos 67, nous savons que la vie continuera de se faire belle parce que nous le voulons, parce que nous le décidons à chaque matin, quand ce léger baiser vient sceller un amour qui durera jusqu’aux confins de tous les univers.

Daniel



Lundi 24 mars 2008

Soeur Julie.

 

 

Dieu a rappelé Sœur Julie, cette petite Québécoise du Carmel de Paris. Je l’avais tant aimée alors que nous vivions une adolescence heureuse dans notre Granby natal. Puis un jour, elle partit seule en voyage du côté de la France. C’est là-bas qu’elle vécut une forme d’illumination ou de conversion qui l’éloigna définitivement de son pays. Elle entra dans la communauté de Taizé du Frère Roger et de là, le Carmel fut son refuge éternel. Qu’était-il arrivé à cette bonne vivante qui, je crois, m’aimait aussi? Seul Dieu a la réponse à cette question, comme on sait si bien le dire.

Mais l’annonce récente de sa mort me rappelle cet amour de jeunesse où mon désir d’elle n’avait d’égale que la passion vouée à cette magnifique blonde athlétique aux yeux bleus.Je l’entends encore éclater d’un grand rire sonore au cinéma du quartier, alors que le film était d’une tristesse inouïe. Quel grand nombre de chuttt de la part des spectateurs frustrés accueillirent sa délinquance juvénile! Et moi, je l’aimais d’un amour tendre et respectueux, comme l’exigeaient les mœurs de l’époque. C’est tout de même au gré de quelques baisers volés que notre rapprochement annonçait un bel avenir rempli de douceur et de complicité amoureuses. Mais aucune promesse de sa part n’est jamais venue sceller une quelconque certitude chez moi. Elle demeurait évasive sur les possibles liens qui un jour, pourraient nous unir. Déjà, me semble-t-il, son cœur était pris par une puissance bien supérieure à la mienne; mais elle l’ignorait elle-même, malgré certaines évidences.

Sœur Julie est morte au Carmel de Paris, il y a deux mois déjà; et peu de gens d’ici ont souvenir qu’elle ait illuminé la vie de quelques personnes qui se souviennent encore d’elle. Et je suis de ces personnes ayant libéré des milliers de pensées en forme de colombes pour accompagner l’âme si belle de cette jeune fille exilée vers un destin qui ne fut jamais nôtre. Bonne éternité, Sœur Julie que j’ai tant aimée!

 

Daniel

 



Mercredi 12 mars 2008

Amours d'antan.

 

           

Dansez, dansez madame, au son de cet allegro moderato qui rappelle nos folles amours d’antan. Nus sur cette plage ensoleillée, nous avions joué aux jeux de l’amour, comme seule jeunesse sait le faire. Et nos soirées remplies de la 6ième symphonie de Mahler se balançaient au gré des brises nocturnes. Le pas léger de l’ombre embrasait nos baisers cachés, que seuls nous connaissions. La mer distillait ces liquides que nos corps enlacés épanchaient à force d’amour. Enlacés toujours sous un voile complice, nous fredonnions Chopin, Barber ou Schubert avant que l’heure de ce triste concerto ne vienne refroidir les rayons qui réchauffaient notre douce vie à deux. Et cette maudite guerre qui brise passions, amours et délices, allait nous obliger à tant de distances exécrées, exacerbées par ces airs militaires de Haydn, Wagner ou Beethoven. Ces amours à mille lieux l’un de l’autre n’allaient que renforcer ce besoin inouïe de solitude à deux. Et nos corps se joignirent à nouveau dans cette paix profonde où ne tonnent plus les canons et où seuls sonnent les clochers de nos villes ensommeillés de clarté. Et la vie défila comme une comédie dramatique, avec ses joies si fortes et ses peines trop grandes. Et le temps nous poussa comme poussent les roses, jusqu’à l’âge de l’amour tendre. Cet âge où les passions se sont calmées pour faire place à une belle complicité que seule la mort brisera, le temps d’un nouveau rendez-vous que nous nous donnerons dans un ailleurs meilleur. Et à nouveau, vous serez là devant moi, dansant sur les airs de nos folles amours d’antan, Mahler, Barber, Rachmaninov. Éternellement…

 

Daniel